La Commission européenne autorise une aide au fonctionnement en faveur de l’aéroport allemand d’Erfurt
Auteurs
La Commission européenne a approuvé, le 4 juin 2026, une aide au fonctionnement notifié par l’Etat allemand le 29 décembre 2025 en faveur de l’aéroport d’Erfurt. Cette aide de 6 millions EUR accordée par la Région de Thuringe prend la forme d’une subvention versée en plusieurs tranche, pour la période du 1er janvier 2025 au 3 avril 2027.
Cette aide a été déclarée compatible sur la base des lignes directives sur les aides aux aéroports et aux compagnies aériennes adoptées par la Commission en 2014 (ci-après « Lignes directrices Aviation ») et qui sont en cours de révision.
Une aide au fonctionnement en faveur d’un aéroport régional allemand
L’aéroport d’Erfurt, exploité par l’entreprise publique Flughafen Erfurt GmbH est localisé dans la Région de Thuringe. Il a accueilli, en 2025, 314.108 passagers et a traité 147 tonnes de fret. Il est situé à 155km de l’aéroport de Leipzig Halle.
L’aéroport avait déjà bénéficié d’aides au fonctionnement accordée par la Région de Thuringe pour la période 2014-2019, approuvées par la Commission en 2018, ainsi que pour la période du 2019-2024, validées par la Commission en 2019, pour un montant total de 11.6 millions EUR.
Cet aéroport a également reçu plusieurs aides à l’investissement fondées sur le Règlement Général d’Exemption par catégories qui permet aux Etats d’accorder des aides à l’investissement aux aéroports régionaux ayant moins de trois millions de passagers par an, sans devoir les notifier préalablement à la Commission européenne.
La nouvelle mesure notifiée par l’Allemagne à la Commission s’inscrit dans le prolongement de ces aides au fonctionnement autorisées en ce qu’elle vise à assurer durablement la poursuite des activités de l’aéroport qui a subi les effets de la pandémie de COVID‑19 et de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. En effet, ces évènements exceptionnels n’avaient pas pu être anticipées dans le plan d’affaires de l’aéroport et l’analyse de marché précédemment soumis à la Commission dans le cadre des notifications précédentes.
Le plan d’affaires ex ante, présenté par les autorités allemandes dans le cadre de la nouvelle mesure, prévoit une amélioration progressive de la performance économique, avec notamment:
- une stabilisation du trafic passagers à environ 307 000 en 2027;
- un retour à un résultat d’exploitation positif à partir de 2027.
Application des lignes directrices de 2014 sur les aides aux aéroports et aux compagnies aériennes
La Commission européenne a analysé la compatibilité de cette mesure au regard des lignes directives sur les aides aux aéroports et aux compagnies aériennes adoptées en 2014. La partie afférente aux aides au fonctionnement a été prolongée par la Commission jusqu’au 3 avril 2027.
Premièrement, la Commission a vérifié que cette aide contribuait à un intérêt d’objectif général. Selon les autorités allemandes, l’aéroport est important pour améliorer la connectivité du territoire avec le reste de l’Allemagne et l’Europe. En outre, il permet de stimuler le tourisme et encourage les investissements industriels en Thuringe. Enfin, il est parmi les quelques aéroports allemands pouvant opérer des vols 24h/24, ce qui est essentiel pour les vols cargo, de diversion, etc.
Sur la base de ces éléments, la Commission a considéré que l’aide en faveur de l’aéroport d’Erfurt contribuait au développement d’une activité économique, à savoir la mise à disposition d’infrastructures et les services liés au transport aérien et celui d’une région économique (la Région de Thuringe). En effet, les effets de l’aéroport sur l’économie et l’attractivité de la Région, notamment en termes d’emplois et de recettes fiscales pour cette Région et ses municipalités, ont été jugés positifs et significatifs. La Commission a également mis en avant le rôle stratégique de l’aéroport car il est le seul aéroport de la Région de Thuringe.
Par ailleurs, la Commission considère que l’aide est proportionnée dès lors (i) qu’elle est limitée au minimum nécessaire pour couvrir le déficit d’exploitation de l’aéroport, (ii) qu’elle est déterminée ex ante sous la forme d’un montant fixe fondé sur un plan d’affaires pour la période 2025-2027, (iii) qu’elle est plafonnée conformément au seuil applicable aux aéroports de moins de 700.000 passagers (soit 80% du déficit initial moyen sur la période 2009-2013), et (iv) que ce plan d’affaires prévoit un résultat d’exploitation positif dès le 3 avril 2027.
Enfin, la Commission constate que l’aide a un effet incitatif en ce que sans l’aide, l’aéroport devrait réduire significativement ses activités, voire cesser ses opérations.
Conclusion
Cette décision confirme à suffisance la nécessité de maintenir la possibilité pour les Etats de financer leurs aéroports régionaux. En effet, la libéralisation du transport aérien a permis à nombreux d’entre eux de développer leurs activités tant en améliorant la connectivité des régions et le tourisme sans que tous soient en mesure d’atteindre le seuil de rentabilité. Les évènements exceptionnels (pandémie, crise énergétique, contexte géopolitique, etc.) ont impacté durement ce secteur. Par ailleurs, il ressort de l’étude de soutien à l’évaluation pour la révision des Lignes Directrices Aviation que le niveau de rentabilité est plus élevé qu’il y a 10 ans notamment en raison de l’importance des investissements à réaliser en termes de sécurité et de décarbonisation.
Pour rappel, le cadre européen applicable aux aides en faveur des aéroports est en cours de révision.
Premièrement, la Commission envisage d’étendre le champ du Règlement Général d’Exemption pour couvrir les aides au fonctionnement aux aéroports accueillant jusqu’à 500.000 passagers par an, sous réserve du respect des conditions de compatibilité qu’il prévoit. Actuellement, il est applicable à cette catégorie d’aide pour les aéroports jusqu’à 200.000 passagers par an.
En ce concerne les aides à l’investissement, la Commission souhaite imposer des conditions plus strictes en termes d’intensité d’aide (maximum 75% pour les aéroports de moins d’un million de passagers par an et non plus jusqu’à 100% pour les aéroports jusqu’à 200.000 passagers par an). Elle propose d’étendre la zone d’attraction de 100 à 150 ou 200 km : en conséquence, toute aide accordée à un aéroport ayant entre 500.000 et 3 millions de passagers par an devra être notifiée à la Commission s’il y a un autre aéroport dans cette zone d’attraction étendue, ce qui a pour effet de rendre ce Règlement d’exemption inopérant et devrait donc entraîner des notifications bien plus nombreuses.
Le nouveau Règlement entrera en vigueur le 1er janvier 2027. Il est donc encore temps de bénéficier d’un cadre de financement public plus favorable d’ici la fin de l’année.
Parallèlement, la Commission a avancé dans la révision des Lignes Directrices Aviation. Elle vise à imposer la fin des aides au fonctionnement pour les aéroports de plus de 500.000 passagers par an dans un délai de 5 ans. Le cadre applicable aux aides à l’investissement sera également plus strict puisque les aéroports de plus de 3 millions de passagers ne pourront plus en bénéficier. Il est dès lors recommandé d’anticiper le plus rapidement possible les besoins de financement des aéroports qui risquent d’être défavorisés dans le cadre de cette réforme.
Les Etats et les acteurs du secteur ont eu la possibilité de soumettre leurs observations sur ces projets. La Commission doit finaliser les textes sur cette base.