Heures supplémentaires : présentation des allègements en vigueur au 1er octobre 2007
Il importe de souligner que la loi TEPA institue un régime social et
fiscal dérogatoire pour un certain nombre d'heures de travail mais
qu'elle ne modifie nullement le régime juridique de la durée du travail
qui reste fixée à 35 heures par semaine.
De ce point de vue, la loi TEPA vient en complément de plusieurs
lois adoptées entre 2003 et 2005 qui ont fortement remis en cause la
référence aux 35 heures et permis aux entreprises, principalement par
la mise en place de dispositifs conventionnels, d'augmenter leur temps
de travail. Cette continuité est revendiquée par le rapport présenté à
l'Assemblée Nationale à l'occasion du débat législatif, rapport où l'on
peut lire qu' « il convient désormais d'inciter les salariés des
employeurs à utiliser les possibilités créées au cours de la
législature précédente en définissant des modalités de recours aux
heures supplémentaires assurant une réelle augmentation du pouvoir
d'achat ».
Selon les informations fournies aux
parlementaires, le dispositif prévu par la loi TEPA devrait générer 70
millions d'heures supplémentaires, qui viendraient s'ajouter aux 900
millions d'heures supplémentaires actuellement effectuées. Le coût de
la mesure est évalué à 6 milliards d'euros et sera pris en charge par
l'Etat.
La loi TEPA prévoit l'exonération de cotisations de
sécurité sociale et d'impôt sur le revenu d'un grand nombre d'heures de
travail (dites ci-après par commodité "heures supplémentaires"). Il
s'agit, pour l'essentiel :
- des heures supplémentaires accomplies au-delà de 35 heures par semaine en cas de décompte hebdomadaire,
- des heures effectuées au-delà de 39 heures par semaine ou de 1607 heures en cas d'annualisation avec attribution de jours de réduction du temps de travail (dits JRTT) pour ne pas dépasser sur l'année 35 heures en moyenne,
- des heures effectuées au-delà de la limite hebdomadaire haute ou de 1607 heures en cas de modulation,
- des heures effectuées au-delà de 1607 heures dans l'année pour les cadres bénéficiant d'un forfait annuel en heures
- et des jours de repos auxquels le salarié a renoncé au-delà de 218 jours de travail.
Sont également visées les heures complémentaires effectuées par les salariés à temps partiel.
L'exonération est applicable de plein droit, sous deux réserves.
D'une
part, les entreprises devront identifier les heures supplémentaires, ce
qui est très délicat dans un grand nombre d'entreprises.
D'autre
part, les cadres au forfait jours ne pourront bénéficier de
l'exonération qu'après adaptation des dispositifs conventionnels
existants dans la mesure où, aujourd'hui, les 218 jours de travail
prévus par le forfait constituent un maximum qui ne peut donc être
dépassé. Les entreprises peuvent néanmoins mettre en place deux
dispositifs pour augmenter la durée du travail des cadres et permettre
ainsi aux intéressés de bénéficier des exonérations : le rachat de
jours de repos et le compte épargne temps.
Pour augmenter la rémunération des salariés, la loi exonère les heures
supplémentaires de cotisations sociales, sous réserve qu'elles entrent
dans le champ du dispositif. L'exonération porte sur la rémunération
des heures supplémentaires, majoration comprise.
Le
dispositif s'applique à l'ensemble des salariés, à temps plein ou à
temps partiel, y compris les salariés des particuliers employeurs. Les
cadres dirigeants, qui ne sont pas soumis à la durée du travail, sont
exclus du dispositif.
Le taux de la réduction est fixé par le
projet de décret à 21,5 %. Ainsi, pour une heure supplémentaire de
travail payée au SMIC (soit 8,44 euros depuis le 1er juillet 2007)
majorée de 25 % (soit 10,55 euros), la réduction s'élève à 2,27 euros.
La
réduction s'impute sur le montant total des cotisations salariales
calculées sur la rémunération intégrale du salarié et non pas seulement
sur la partie de ces cotisations correspondant aux heures
supplémentaires, majoration comprise.
L'Etat compense les exonérations de charge pour que les salariés conservent leurs droits à la retraite et à l'assurance chômage.
Pour favoriser l'augmentation du pouvoir d'achat des salariés, le
législateur a prévu que les heures supplémentaires et complémentaires
seront défiscalisées. Ainsi, le salarié sera exonéré d'impôt sur le
revenu sur la rémunération correspondant aux heures supplémentaires
qu'il aura effectuées à partir du 1er octobre 2007.
L'exonération
porte sur la rémunération normale de l'heure supplémentaire et sa
majoration, dans la limite des taux de majoration prévus par la
convention collective ou l'accord professionnel applicable. A défaut de
convention ou d'accord, c'est le taux de majoration légal de 25 % qui
est pris en considération.
Si elles sont exonérées d'impôt sur
le revenu, ces heures supplémentaires seront cependant prises en compte
pour le calcul du salaire de référence et ajoutées au revenu fiscal de
référence. Ainsi les salariés concernés pourront continuer à prétendre
aux mêmes prestations sociales.
Les heures supplémentaires ne pouvant être accomplies qu'à la demande de l'employeur, le législateur a créé un dispositif de réduction forfaitaire des cotisations patronales pour inciter les employeurs du secteur privé à recourir aux heures supplémentaires.
La déduction ne porte que sur les heures supplémentaires, le législateur ayant exclu les heures complémentaires pour ne pas encourager les employeurs à recourir davantage au travail à temps partiel.
Le montant de la réduction prévu par le projet de décret s'élève à 0,5 euros par heure dans les entreprises qui ont dépassé le seuil de 20 salariés depuis le 31 mars 2005 ainsi que les entreprises qui dépasseront ce seuil avant le 31 décembre 2008, et ce afin de ne pas décourager l'embauche dans ces entreprises.
Ce montant est majoré d'un euro et est ainsi porté à 1,50 euro dans les entreprises de moins de 20 salariés. Cette majoration devrait compenser la cessation anticipée au 1er octobre 2007 du régime dérogatoire de majoration des heures supplémentaires (majoration de 10 % au lieu de 25 % pour les 4 premières heures supplémentaires).
Concernant les jours de repos auxquels renonce un cadre en forfait jours, le montant de la déduction sera fixé à 7 fois ces montants horaires.
Enfin, cette déduction forfaitaire est cumulable avec d'autres exonérations, et notamment la réduction Fillon (dont le mode de calcul est par ailleurs réformé), dans les conditions fixées par le nouvel article L. 241-18 du Code de la Sécurité Sociale.
Deux conditions sont posées pour l'obtention des nouveaux allégements.
La
première vise à interdire les effets d'aubaine en posant un principe de
non-substitution : les exonérations ne sont pas applicables lorsque la
rémunération des heures supplémentaires se substitue à d'autres
éléments de rémunération au sens de l'article 79 du Code Général des
Impôts (qui vise les traitements, indemnités, salaires, pensions et
rentes viagères), à moins qu'un délai de 12 mois ne se soit écoulé
entre le dernier versement de l'élément de rémunération en tout ou
partie supprimé et le premier versement des salaires ou éléments de
rémunération précités.
La deuxième condition réside dans "[le] respect par l'employeur des dispositions légales et conventionnelles relatives à la durée du travail".
Il faut relever que cette formulation ne fait aucune distinction selon
la nature, le nombre ou la gravité des éventuelles infractions aux
règles précitées. L'application de cette disposition qui fait référence
à la durée du travail, notion beaucoup plus étendue que le seul régime
des heures supplémentaires, risque donc d'être problématique. Prise à
la lettre, cette disposition pourrait conduire à remettre en cause les
exonérations en raison de n'importe quel manquement à ces règles,
quelle qu'en soit l'importance.
Pour conclure, les entreprises
devront, pour faire bénéficier leurs salariés de la loi TEPA, d'une
part, identifier des heures supplémentaires et, d'autre part, auditer
leurs accords de durée du travail et clarifier leur situation au regard
de la durée du travail.
Article paru dans la revue Option Finance le 1er octobre 2007
Authors:
Nicolas de Sevin, Avocat Associé - Ludovique Clavreul, Avocat